13 janvier 2012
Les chiens

Photo: Laurence Dauphinais
C’est une soirée habituelle. Un couple reçoit des amis pour le souper, s’obstine un peu dans la préparation, se réconcilie avec une p’tite vite sur la table à dîner. Rien d’inhabituel pour le moment. Un deuxième couple entre en scène. Tout va bien, la soirée est encore sous contrôle malgré l’évident malaise de la névrosée Julie. C’est lorsque le troisième invité arrive que tout dérape. Henri a amené une surprise: un chien. Se remettant à peine d’une rupture, on a conseillé à Henri de se procurer un animal pour combler le vide laissé par Chantal, son ex qui l’a trompé quelques temps auparavant.
À partir de là, la soirée est bouleversée. Les réactions sont diverses (et étranges) devant ce chien malvenu. L’animal devient alors l’élément central de la soirée, pour les gens dans la salle, comme pour ceux sur la scène. Sa présence a des répercussions inattendues chez les personnages. Ceux qui semblaient sains deviennent rapidement irrationnels. Ceux qui étaient soumis s’affirment soudainement. Ceux qui pensaient avoir le contrôle le perdent complètement. Après tout, ce chien au regard profond est peut-être beaucoup moins bestial que tous ces autres humains.
La pièce L’Anatomie du chien, présentée à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 28 janvier, est particulièrement délirante. La prémisse est classique, mais le reste de la pièce étonne. Ce ne sont pas toutes les pièces disjonctées qui fonctionnent, mais celle-ci réussit son pari en alliant étrangeté, humour et drame d’une main de maître. Les comédiens sont tous très bons, mais une mention spéciale va au jeu très physique de Sharon Ibgui (Julie) et au réalisme que Simon Rousseau donne au rôle de Rémi. La mise en scène est simple, mais soignée et joue sur la synchronicité de l’action avec un jeu de lumière efficace.
Malgré quelques longueurs et moments légèrement trop dramatiques, L’Anatomie du chien vaut définitivement le déplacement, ne serait-ce que pour s’amuser à décoder toutes les métaphores du chien qui parsèment la pièce (domination, soumission, fidélité, sexualité, etc.).
Cette pièce, écrite par Pier-Luc Lasalle, est une production du Théâtre Sans Domicile Fixe, dont il est également l’un des membres fondateurs. Le Théâtre SDF a multiplié les projets originaux et audacieux depuis sa fondation en 2008. Notons entre autres la série Pour en finir avec… pour laquelle la troupe a organisé une soirée d’élection pour savoir quel auteur de théâtre le public avait envie de voir mourir sur scène. Les gagnants (si on peu les nommer ainsi) ont été Shakespeare, Feydeau et le très vivant Alexis Martin. Il en est résulté trois pièces écrites par Charles Dauphinais, Emmanuel Reichenbach et Pier-Luc Lasalle, respectivement metteur en scène, comédien et auteur pour L’Anatomie du chien.
Il reste encore plusieurs représentations de L’Anatomie du chien, mais les billets s’envolent vite ! Toutes les informations sur Le Mur mitoyen.
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