12 mars 2012

Transports, changements climatiques: de bonnes résolutions… pour quand?

Un changement de paradigme pour les citoyens certes, mais surtout un changement de paradigme pour la Cité avec un grand C. C’est ce à quoi ont été conviés à réfléchir les acteurs présents le 27 février dernier à la Maison du développement durable lors de la conférence et échanges « L’importance du transport et de l’aménagement du territoire dans les changements climatiques », organisée par Équiterre.

La question de fond est surtout de savoir si l’étalement urbain, décrit et décortiqué, conspué ou entretenu, structurel ou souhaité, deviendra un cheval de bataille collectif dans les différentes questions sociales qui nous préoccupent. En effet, était notamment présent sur le panel le ministre du Développement durable qui planifie actuellement le prochain plan québécois d’action sur les changements climatiques. Un plan où le transport et l’urbanisme pourraient monopoliser une grande partie des ressources et des actions gouvernementales, jusqu’à l’atteinte, en 2020, d’une réduction de 20 % des gaz à effet de serre (GES).

Le secteur des transports et les gaz à effet de serre

Le plus rassurant, du point de vue montréalais et québécois, dans la lutte aux changements climatiques, c’est que la production énergétique locale peut en grande partie être qualifiée de « verte », parce qu’elle provient de l’hydroélectricité.

Le plus inquiétant, c’est que si l’augmentation des GES québécois a su être contenue au Québec dans les vingt dernières années, c’est en grande partie grâce aux efforts du secteur industriel, car les émissions du secteur des transports ont, pour leur part, augmenté de 29 % depuis 1990!

Point de départ, donc, d’une discussion entre les représentants du gouvernement, de la Communauté métropolitaine de Montréal, de l’Association du camionnage, du Réseau des ingénieurs et du regroupement Vivre en Ville, dont je suis, il faut le dire. Sous tous les angles, la question du transport subit clairement une situation de blocus :

  • Pressions énormes pour le développement des réseaux de transport,
  • Mobilité citoyenne contrainte au quotidien,
  • Détérioration des conditions de transports pour le commerce des marchandises,
  • Vieillissement préoccupant des infrastructures,
  • Situation écosystémique allant en s’empirant avec une augmentation de la pollution, de la consommation d’énergies fossiles et de la consommation de ressources territoriales, par ailleurs productive à d’autres fins telles l’agriculture.

Oui, mais que peut le citoyen face à ces enjeux préoccupants, alors qu’il veut bien prendre le transport en commun, encore faut-il que celui-ci le mène à destination en un temps raisonnable? Voilà pourquoi la question est maintenant posée du côté de l’État, pour ce que lui peut réaliser, à la fois en incitatifs, coercition et sensibilisation pour modifier les comportements nocifs pour la santé de la planète.

Parmi les exemples d’actions découlant du premier plan d’action (2006-2012), on dénote le soutien financier de Québec au développement des réseaux d’autobus à travers le Québec. Les exemples montréalais visibles : la navette 747 pour l’aéroport, la 427 St-Joseph, la hausse de fréquence des métros et les navettes Or, destinées à la clientèle du troisième âge.

Le citoyen doit avec le choix

Pour la suite, les intervenants de cet avant-midi de discussion ont surtout parlé de développement des transports collectifs dans toute la région métropolitaine, d’électrification des transports (tant collectifs qu’individuels) et de reconstruction des quartiers plus denses autour des accès aux réseaux de transports en commun, où il fait bon marcher pour partir au boulot ou aller au dépanneur. De grands objectifs? Oui, car les attentes des spécialistes qui ont posé des questions solides aux panellistes sont élevées.

Pourtant, on revient à ma question sur le citoyen; si le gouvernement y met du sien, les citoyens auront les alternatives de transport disponibles pour faire les choix éclairés et surtout, éviter la décennie actuelle de congestion alors que toutes les grandes infrastructures de transport sont à refaire, des ponts jusqu’au métro en passant par les chaussées. Autrement dit, la solution ne semble pas révolutionnaire, même les acteurs économiques s’entendent pour dire que ce ne sont pas plus de routes partout dans la région qui faciliteront le transport des marchandises, c’est surtout de permettre aux autosolistes de se transporter autrement qu’en voiture à l’heure de pointe sur les points d’entrée aux secteurs grouillants d’activité de la ville.

Sans parler de consensus, il semble y avoir une conscience commune grandissante que la lutte aux changements climatiques par les transports et l’urbanisme est véritablement au coeur des discussions sur le développement durable. Les acteurs des transports, du commerce, de l’environnement, de l’économie, de l’urbanisme semblent tous trouver des arguments positifs à agir pour développer les villes bien autrement que ce qui a été fait depuis soixante ans, soit en s’agrandissant toujours plus vers la périphérie. Et on n’y a même pas entendu les représentants de la santé! N’est-ce pas aussi l’essence du développement durable que tous y trouvent leur compte?

La bataille idéologique progresse

Bref, du côté de ceux qui veulent mettre fin à l’étalement urbain, la bataille politique n’est certes pas gagnée, mais la bataille idéologique et scientifique est rudement bien menée.  Sur le plan politique, il semble en tout cas que les Montréalais ont été entendus par le ministre présent, qui a rappelé l’importance de changer de cap dans la façon de bâtir les villes et de ses déplacer, notamment avec l’ambitieux plan québécois de développement des véhicules électriques. À quand la prochaine ouverture de station de métro? Ce pourrait bien être le cas dans un avenir pas si lointain…

À suivre! notamment avec la sortie prochaine du plan gouvernemental et avec les travaux de la Communauté métropolitaine de Montréal, qui consultera au printemps sur les meilleurs moyens de financer les transports en commun de la région.

Plus de détails sur les positions de chacun sur les sites respectifs des organisations:


Philippe Cousineau-Morin est chargé de politique et de dossiers à Vivre en Ville. Il est spécialiste des transports et de l’aménagement durable. Consultez les événements à venir sur le Calendrier du développement durable



  • http://twitter.com/generationidees Génération d’idées

    Sur les Changements climatiques: Remue-GEDI le 21 mars, 18h à la Cinémathèque québécoise info via @MurMitoyen http://ow.ly/9I07v