Archives pour la catégorie ‘Musique’

19 mai 2012

La Pietà, formidable farandole de musique contemporaine

En sept portraits savamment rassemblés, les ensembles de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) et La Pietà ont offert, salle Pierre-Mercure, un point de vue réjouissant sur la musique contemporaine. Il y avait, dans ces sept pièces, une même énergie communicative, un crescendo jubilatoire qui s’est achevé – commençons par la fin – par deux morceaux d’une très belle intensité. Lire plus…

16 février 2011

Les Francouvertes continuent!

C’est hier soir que se déroulait la deuxième soirée préliminaire de la 15e édition des Francouvertes. Au menu, trois groupes émergents tentant de séduire les juges. Est-ce que cela a fonctionné? Plus ou moins puisqu’aucun des trois n’a su déloger les deux groupes ayant pris la tête du classement depuis la semaine dernière, soit Tracteur Jack en première position et Canailles en deuxième.

Cardinal


Cardinal (Photo: Michel Pinault)

Pourtant, Cardinal, premier groupe de la soirée, possédait bien des qualités. La voix du chanteur, aux échos d’Alexandre Désilet, était juste et puissante. Leurs chansons, construites sur un modèle rock classique qui a fait ses preuves, possédaient une sonorité assez accrocheuse tout en restant ancrées dans la culture indie. Pourtant, il manquait quelque chose. C’était honnête et bien exécuté, mais un trop conformiste et propret pour un groupe se voulant rock.  Néanmoins, ce défaut n’a visiblement pas gâché leur prestation qui leur a  permis de se hisser à la troisième place du classement.

Myëlle

Myëlle (Photo: Michel Pinault)

Le deuxième prestation de la soirée, menée par Myëlle et ses chansons très pop, a pour sa  part atterrie à la quatrième place. La jeune femme possède une voix qui sait se casser et s’élever, rappelant à ses heures celles d’Ariane Moffat et de Marie-Pierre Arthur. L’originalité de l’instrumentation (rarement vu un duo de violoncelle dans une chanson pop), distingue les chansons de Myëlle du bassin dans lequel elle baigne. Pourtant, malgré cette singularité, trop d’éléments de comparaison avec d’autres groupes permettent de décrire son style musical qui frôle parfois le lyrisme façon Coeur de Pirate. Conclusion: beaucoup de talent pour la jeune femme originaire de Jonquière, mais une exploitation trop pop et trop peu innovatrice qui assombrit malheureusement le reste.

Eugène et le cheval


Eugène et le Cheval (Photo: Michel Pinault)

Dernier groupe de la soirée, Eugène et le Cheval tranchait complètement avec le reste. Puissamment rock, la formation ne possèdait pas du tout les mêmes qualités que les deux bands précédant. La prestation offerte par ceux-ci était loin d’être parfaite, mais elle suintait le rock à la Karkwa ou Malajube. Les envolées musicales semblant quasi improvisées, transcendaient tous les membres du groupe. La voix du chanteur, assez approximative, avait pour qualité première de se marier parfaitement au style musical et, par son imperfection, d’amplifier l’impression de rock pur donné par la formation. Se méritant seulement la cinquième place sur le palmarès actuel, les gars d’Eugène et le Cheval ont tout de même osé montrer l’autre côté de la médaille, celui où l’authenticité prévaut sur un conformisme accrocheur, mais éphémère.

Lundi prochain, Les Francouvertes continuent de plus belle accueillant sur la scène du Lion d’or Mordicus, groupe rock originaire du Saguenay, suivit de Le kid et les Marinellis, groupe rockabilly formé de membres provenant notamment des Breastfeeders et de Walnut Kid, et finalement de la formation Il danse avec les genoux, donnant dans le folk-rock. Une soirée qui s’annonce donc très dansante et puissamment rock!

Pour plus d’informations, consultez le Mur Mitoyen.

11 février 2011

Le samedi soir, les mutants s’mettent!

©Sirius. http://www.mediasrivesud.com/

Il a fallu que je me pince pour y croire : à TVA Nouvelles, on parlait de Starbuck et les Impuissants! «Vous savez, le type de Jackass qui est venu au Québec la semaine dernière… Eh bien au Québec, il y a un groupe qui fait bien pire!» disait-on en substance, avant qu’on nous montre une médiocre interview de Félix Séguin avec des punks et des freaks membres du groupe. C’était il y a quelques années, après que je les ai vus une dizaine de fois en spectacle, et avant leur dissolution. Et bien avant leur reformation, le temps d’un spectacle qui aura lieu le 12 février prochain après quatre ans d’abs(tin)ence. En effet, pour le dixième anniversaire du Buckfest, festival punk organisé par Starbuck, la mythique formation sévira de nouveau, au grand plaisir de ses nombreux fans, qui n’y croyaient plus. Car le groupe a su au fil des années développer un public fidèle composé de punks (des vrais de vrais!), d’intellos en manque de sensations fortes, d’artsys et autres défoncés.

On a comparé Starbuck et les Impuissants à tort et à raison avec le «phénomène» Jackass. Avec raison à cause du freak show, mais là s’arrête le rapprochement. Contrairement aux idiots frappés de stupidité que sont les membres de Jackass, évidemment bien plus motivés par l’argent de leurs cascades que par le sort du monde, la démarche de Starbuck et les Impuissants s’inscrit dans une virulente critique sociale et une puissante démarche artistique. Il s’agit pour eux de choquer pour sortir les gens de leur torpeur, de «répondre aux agresseurs» que sont pour eux les gouvernements libéral et conservateur, les souffle-feuilles Motomaster, Céline Dion, le néolibéralisme, les piscines hors-terre, Star Académie, les banlieues et autres Guy Cloutier. Et cela passe d’abord et avant tout par leur musique, assez hétéroclite, tantôt punk rock hardcore (La complainte d’un cop qui a les mains propres) tantôt disco (Sodomie Fever, Boogie Trash), parfois même ska (Les Anglaises me font débander). De la musique souvent à haute teneur littéraire par ses textes, inspirés tant par Zola, Nietzsche et Sade que par le camping Sainte-Madeleine, Robert Gillet et Allô Police. Et des albums foutrement (adverbe fort approprié) bien réalisés, en particulier le deuxième, Tu riz-tu de ma graine?, un chef-d’œuvre studio. Et les fameux spectacles…

Que n’a-t-on pas vu dans leurs spectacles? Un gars se faire lancer des fléchettes sur le postérieur, se brocher le dos et le front, avaler un drapeau et se le faire sortir par le cul, lever du béton avec ses couilles, manger des shots sur la gueule et se transpercer le corps avec des aiguilles. Et je ne parlais que d’un type (Bic the freak), car il y avait aussi l’autre mec qui avalait des poissons rouges (Sarf the barf), la fille qui s’est fait percer la grande lèvre live, un autre qui s’est fait uriner dessus par la foule, un qui s’est fait enculer par un strap-on (à la Saint-Valentin!) et fait sévèrement fouetter (juste après l’élection des libéraux!), sans oublier le Starbuck Mayhem, une bande d’une demi-douzaine de gars qui se tapaient sur la gueule et dans le dos avec divers objets, en plus de se sauter dessus d’un deuxième étage. Sans compter l’allure du groupe lui-même, formé entre autres par Starbuck (le chanteur, énorme punk ne portant que jack-strap et strap-on, et parfois un drapeau canadien enfoncé dans le cul…), le Marquis de Sade (guitariste, portant perruque blonde et pantalons multicolores d’où pend un énorme pénis de peluche), Aguy (bassiste, ne portant qu’une couche et un masque à gaz), l’énigmatique Turbo Clito (arborant veston et… collants) et l’improbable Féefan (ne sais pas/ne veux pas répondre!). Barré des Foufs, le groupe. Trop hard pour les fillettes du 450, faut croire… Ou trop de temps pour nettoyer (désinfecter!) la salle après leur passage…

Tous ceux qui ont vu le groupe en spectacle à l’époque ont été durablement marqués par leur performance scénique : beaucoup en ont redemandé, et les autres sont rentrés calmement à la maison, se sont versé un verre de lait et sont allés se coucher en suçant leur pouce. Car, oui, ça choque et ça perturbe. Salutairement, aurais-je envie d’ajouter. Combien de fois me suis-je levé au lendemain d’un spectacle de SELI complètement hangover en me demandant si mes souvenirs étaient réels… Leur stratégie visant à choquer, inspirée du Théâtre de la cruauté d’Artaud, fonctionne à merveille. Mais les sensations fortes, à la longue, élimées de leur choc initial, finissent presque par lasser. Le groupe, fatigué en 2005-2006, donnait des prestations de moins en moins inspirées : Starbuck était visiblement mal en point; les types du freak show, qui ne savaient plus quoi faire à la mi-spectacle, se résignaient à se donner des coups de poing sur la gueule le reste de la soirée; le bassiste original avait été remplacé; et on avait passé une bonne dizaine de batteurs. Tout cela avant une éclatante finale en 2006, alors que Starbuck, coupé trop profondément au front, a saigné comme un porc toute la soirée. Il a dû se rendre à l’hôpital après sa prestation, et le Café Chaos a senti la boucherie pendant une semaine.

À quoi faut-il s’attendre pour le 12 février? Le Starbuck et les Impuissants des débuts, explosif, décadent et douloureusement cathartique, ou celui de la fin, au freak show las et blasé? Le guitariste, croisé en boisson dans une taverne, m’en a promis de bien belles… Moi, je ne prendrai pas de risques : j’irai voir le groupe comme j’y suis toujours allé, gelé de la tête aux pieds.

On peut télécharger gratuitement les albums de Starbuck et les Impuissants ici et voir le groupe sur vidéo sur YouTube. On recommande aussi d’écouter ici l’excellente (et dérapante) entrevue de Starbuck et du Marquis de Sade par Mathieu Beauséjour à l’émission Les Éboueurs du rock du 7 février dernier, diffusée à CISM.

Le Buckfest 10 aura lieu vendredi et samedi au Petit Campus et présentera nombre de groupes dignes d’intérêt. Pour la programmation complète, on peut consulter le Mur Mitoyen.

9 février 2011

Et vive le country!

C’est sous l’influence indéniable du country que s’ouvrait hier la 15e édition des Francouvertes dans un Lion d’Or plein à craquer. Offrant à la foule un amalgame de trois groupes s’alliant à merveille, les organisateurs ont su, une fois de plus, capter l’attention du public sur ce qu’il y a de plus important dans ce concours : la qualité de la musique émergente au Québec.

Isabeau et les chercheurs d’or

Isabeau et les chercheurs d'or

Brisant la glace avec leurs mélodies très accrocheuses, Isabeau et les chercheurs d’or ont réchauffé la salle de façon admirable hier soir. Leur musique, un alliage charmant entre le country et le folk à la sauce québécoise , aborde les thèmes du quotidien, mais d’une façon très personnelle, loin des clichés.

La voix de la chanteuse, Isabeau Valois, a quelque chose de très pop, et, si cela peut parfois avoir un côté agaçant, elle s’allie parfaitement avec les performances du groupe.  La variété des instruments utilisés (contrebasse, batterie, banjo, mandoline, guitare et violon) ajoute quant à elle une richesse remarquable à leur rythmique déjà bien rodée.

Tracteur Jack


Tracteur Jack

Originaire d’une ville lointaine nommée Gatineau, les gars de Tracteur Jack arrivent et cassent la baraque! Possédant une énergie scénique incroyable, la formation met le feu à la salle. Avec leur version moderne du jazz manouche (influence directe : Django Reinhardt), qu’ils mélangent au swing, au western, sans oublier au rockabilly, leur style musical est aussi entraînant qu’éclectique.

Leurs nombreuses chansons sonnent comme des hits dès la première écoute. Elles ont la musicalité qu’il faut,  le rythme fort et les refrains qui restent en tête. Leurs paroles directement inspirées de la chanson française sont à la fois décapantes, originales et facétieuses. Elles accrochent l’oreille pendant que la mélodie s’occupe du reste. Le public se met alors à secouer le bassin frénétiquement, incapable de réprimer le rythme. Et comme le dit si bien Shakira, illustre chanteuse pop : «Hips don’t lie».

Tracteur Jack est donc un groupe à surveiller de très près, car leur sortie du monde de la musique dite émergente est assurément prévue sous peu.

Canailles

Canailles

Dernière formation de la soirée, Canailles est accueillie par une foule semblant très heureuse de les retrouver. Composé de sept membres, le groupe possède une intense présence sur scène, un rapport au public des plus contigus et une sonorité qui leur est propre. La voix très nasillarde de la chanteuse principale en est certainement pour quelque chose puisqu’elle apporte un côté excessivement country à la formation. Cette voix singulière n’est pas sans rappeler celle de June Carter ou, plus près de nous, celle de Felicity Hamer, chanteuse du groupe United Steel Worker of Montreal.

Musicalement, le groupe emprunte ce qui lui plaît à la musique cajun, au bluegrass et au country, en créant malgré tout des chansons qui leur sont propres, à la sauce Canailles. Aussi entraînante que celle du groupe précédent, la musique de cette formation résonne dans tout le corps. Par contre, la voix très singulière de la chanteuse peut mettre un frein à ce que la musicalité a entraîné en vous, mais ne vous découragez pas, on s’y fait!

Lundi prochain, les Francouvertes continuent et ce, tous les lundis jusqu’au 21 mars. La prochaine soirée aura lieu le 14 février lorsque  le Lion d’or accueillera sur sa scène Cardinal, Myëlle ainsi qu’Eugène et le cheval. Pour les amoureux en quête d’activités, un forfait «Saint-Valentin» sera offert aux éventuels acheteurs qui pourront se procurer deux billets pour le prix d’un!

À lundi!